Gaspard Proust : « Valérie Pécresse, grandeur et décadence d’une start-upeuse » – Le Journal du dimanche

17h00 , le 17 avril 2022
, modifié à 19h24 , le 17 avril 2022

Comme on aimerait connaître le mari de Sandrine Rousseau, on adorerait connaître le banquier de Valérie Pécresse. Il faut l’imaginer, cet intrépide entrepreneur en capitalrisque électoral, ce dénicheur de Mark Zuckerberg politiques, en train de boire les paroles de Valérie lorsque la start-upeuse versaillaise est venue lui annoncer : « Je suis la future Beyoncé du suffrage universel ! » Le projet de Valérie avait tout pour plaire. Urbain, féministe, écolo, citoyen. Manquait plus que végan, zumba friendly et pro-accrobranche, et elle finissait en couv du catalogue Nature et Découvertes.

On voulait de la modernité, on allait en avoir. Après tout, Versailles, c’est pas loin de Saclay, la Silicon Valley française. Comme pour tout entrepreneur de génie, ça commence par une idée simple à laquelle les autres n’ont pas pensé. Après cinq ans d’analyses pointues, Valérie constate que son électorat représente une zone tampon entre les électeurs de Macron et de Le Pen. Une sorte de Donbass électoral composé de gens trop à droite pour voter Macron mais trop à gauche pour voter Le Pen.

On parle d’un pactole de 8 % des voix ! Cette cabine téléphonique, il la lui faut ! Enthousiaste, elle en parle fissa à son banquier : « L’idée, c’est de faire une sorte de “en même temps” de droite républicaine non macroniste mais pas non plus nationale ou, pour le dire de manière poétique, l’art de tenter un grand écart dans un lavabo… » Et notre championne en GRS de bidet de poursuivre : « Pour faire simple, je vais proposer un Thermomix qui ne cuit pas, ne mixe pas et qu’on appellera “une casserole” ! » Impressionné, le banquier se dit : « Ça a l’air tellement con que c’est sans doute une idée de génie ! »

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On connaît les banquiers : ils se méfient toujours des projets prévisibles aux risques raisonnables, mais s’enthousiasment sans peine pour des projets délirants aux risques insensés. Dans les premiers, ils flairent l’ennui de causer épicerie à la petite semaine, dans les seconds, ils s’offrent le frisson d’une ruée vers l’or en Weston. Mais ne soyons pas injuste, il y avait aussi du rassurant dans le dossier de Valérie : grandes écoles, domiciliation à Versailles, sans oublier la VHS collector d’une vente de Tupperware animée avec brio par Valérie lors d’un thé dominical au Chesnay. Avec tout ça, peu de chances que ça finisse par une liquidation judiciaire, matelas devant la Banque de France et accordéon dans le métro.

Pour rassurer davantage, Valérie fit même un happening à la Steve Jobs nommé « primaire », destiné à mettre son génial projet sur orbite. Avec des business angels comme Christian Jacob, Gérard Larcher et autres Elon Musk en sabots crottés qui ont révolutionné les secteurs du conditionnement de l’aligot ou de la baratte à beurre, que craindre ? Cette « équipe de France » ne serait évidemment pas au complet sans le petit Mozart de l’assurance, Xavier Bertrand ; le pionnier du contrat bris de glace contre la collision de sanglier indexé sur le prix des chicken nuggets.

Avec des poids lourds pareils, on n’allait pas tarder à entendre la cloche du Nasdaq sonner à travers les campagnes. L’introduction en Bourse de la start-up Pécresse fit des étincelles. Au premier jour de cotation, la fusée Pécresse monta à 21 %. On connaît la suite. Pendant que Valérie fait la manche, notre banquier croule sous les propositions. Aux dernières nouvelles, il hésiterait encore entre un poste au service de la dette à Bercy ou chargé de relation avec les petits porteurs chez EDF. Parfois, la carrière des uns s’arrête là où commence celle des autres. Respectueusement.

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