Pourquoi Emmanuel Macron veut une femme Première ministre – Le Journal du dimanche

23h59 , le 14 mai 2022

Président recherche femme idéale pour nouer relation professionnelle de confiance. Profil requis : fibre écologique, dimension sociale, attachement à la « question productive », expérience politique et sens de l’écoute. Prestigieux cadre de travail. Écrire à l’Élysée, qui transmettra… « Depuis quinze jours, c’est : cherchez la femme », s’amuse un proche d’Emmanuel Macron
. Alors que le nom du successeur de Jean Castex devrait être connu en début de semaine (samedi, une erreur du service d’information du gouvernement, qui a annoncé par communiqué la démission de ce dernier, a suscité un vent de panique avant d’être prestement démenti), le genre semble devenu le critère de choix prioritaire pour un chef de l’État soucieux de s’offrir un second souffle après sa réélection.

Presque l’enjeu numéro un de ce casting destiné à donner une couleur et un sens à ce début de deuxième mandat, aussi important que la capacité du futur Premier ministre à piloter l’explosive réforme des retraites, à accompagner une transition écologique que Macron a placée en tête de gondole de son second quinquennat et même, avant tout ceci, à conduire la bataille des élections législatives.

Son état d’esprit, c’est que c’est le moment de nommer une femme

En 2017 déjà, Emmanuel Macron avait évoqué son ambition d’installer une cheffe du gouvernement à Matignon. Avant d’y envoyer Édouard Philippe. En 2022, à la fin de la campagne présidentielle, il a à nouveau brandi cette hypothèse, qui s’est cette fois imposée comme une quasi-certitude, sans qu’il ait pourtant pris d’engagement ferme sur ce point. Son entourage, à l’unisson ou presque, en est persuadé : « Son état d’esprit, c’est que c’est le moment de nommer une femme », confirme un familier de l’Élysée.

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Une proche de Macron met cependant en garde contre sa propension à ne surtout jamais faire ce que l’on attend de lui. « Vous connaissez le Président : il aime assez peu se faire dicter les choses. Cela aurait bien sûr une dimension historique si c’était une femme, mais ce critère n’est pas l’unique sujet. On n’est pas à l’abri de surprises. » Le chef de l’État s’est ainsi longuement entretenu cette semaine avec le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ce qui a instantanément relancé les spéculations du microcosme.

Corriger l’image du « boys’ club »

En matière de ressources humaines, Macron a le choix. Ces dernières semaines, un nombre incalculable de noms de potentielles cheffes du gouvernement a circulé en Macronie. De l’ex-ministre de la Santé de François Hollande, Marisol Touraine, à Catherine Vautrin, ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite en 2016 et présidente du Grand Reims. De l’actuelle ministre du Travail, Élisabeth Borne, à la directrice générale de l’Unesco (et ancienne conseillère et ministre de la Culture de Hollande), Audrey Azoulay. Sans oublier l’ancienne secrétaire générale adjointe de l’Élysée, Anne de Bayser ; la ministre de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher ; la vice-présidente UDI du Sénat, Valérie Létard ; ou la députée socialiste Valérie Rabault.

Il a le nom depuis la fin de la semaine dernière, mais personne n’est au courant 

Alors, qui ? « Honnêtement, là, il est impénétrable », concède un proche, qui raconte : « Il demande des avis sur Telegram, mais il ne répond jamais et ne donne pas le sien.» Son agenda, « verrouillé de chez verrouillé » selon un habitué, lui laisse pas mal de temps libre pour ses rendez-vous privés. En déplacement à Berlin, lundi, Macron a assuré connaître l’identité de son futur « PM ». Mais a refusé d’en dire plus. « Il l’a depuis la fin de la semaine dernière, mais personne n’est au courant », poursuit cette source.

La carte femme semble bien constituer un atout maître pour Macron. Parce que l’opinion soutient massivement – à 74 %, selon notre sondage Ifop publié en avril dans notre newsletter politique
 – un tel scénario. Parce qu’installer une « Première ministre », pour la première fois depuis Édith Cresson, seule femme dans toute l’histoire de la Ve République à avoir occupé le poste de cheffe du gouvernement, de mai 1991 à avril 1992, constituerait assurément un signal fort. Et, aussi, parce que le chef de l’État sait qu’il doit corriger l’image qu’a offerte, jusqu’ici, son dispositif politique : celle d’un « boys’ club », ainsi que l’avait bousculé une de ses interlocutrices au cours du débat « Face aux Françaises », organisé début mars par LCI et le magazine Elle. « On lui a beaucoup reproché de ne pas mettre assez de femmes au cabinet et de travailler dans une ambiance à la Michel Audiard, rappelle un proche. Ça l’énerve depuis longtemps. »

Un « effet déceptif » si Macron nomme finalement un homme

Certes, le chef de l’État, à nouveau, fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause de son second quinquennat. Certes, ses proches vantent les acquis du macronisme en la matière : le fait que La République en marche constitue le premier groupe totalement paritaire à l’Assemblée nationale ; que le gouvernement l’est aussi, avec des femmes occupant des ministères régaliens ou importants ; ou encore qu’un travail a été effectué sur la féminisation du corps préfectoral. Mais le véritable pouvoir, en Macronie, se concentre essentiellement entre des mains masculines.

Choisir un nouveau ­Castex homme plutôt qu’un nouveau Castex femme, c’est plus difficile à défendre en termes d’affichage

L’écrasante majorité des ­principaux postes de la République restent occupés par des hommes : Premier ministre (Jean Castex), président de l’Assemblée ­nationale (Richard Ferrand), présidents des députés de la majorité (Christophe Castaner, Patrick Mignola, ­Olivier Becht), dirigeants des ­partis qui soutiennent le Président, comme Stanislas Guerini (LREM), ­François Bayrou (MoDem) et Édouard Philippe (Horizons). Emmanuel Macron n’a d’ailleurs que modérément apprécié les ­photos du lancement d’Ensemble, le regroupement des formations de la majorité, où Ferrand, Philippe, Bayrou et Guerini occupaient la scène, sans la moindre présence féminine, dans une forme de ­manspreading ­politique.

Le sens de l’histoire, donc. « Il y aura un effet déceptif si ­Emmanuel Macron nomme un homme à ­Matignon qui ne se distinguerait pas par une dimension telle que le choix ne souffrirait aucune ­discussion, estime un conseiller de l’exécutif. Choisir un nouveau ­Castex homme plutôt qu’un nouveau Castex femme, c’est plus difficile à défendre en termes d’affichage. » Un autre de conclure : « Pour un pouvoir qui veut révolutionner et faire le nouveau monde, il est temps. »

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